«La pensée pense ce qui la dépasse infiniment»




2010-05-29

nada.

Aucune illumination. Aucune révélation. Que ce nada béant qui s'ouvre à mon passage, mais qui pourtant ne se referme pas sur moi. Étrange...

Au contraire, le nada est tendu vers l'extérieur, il part de moi pour s'ouvrir vers l'infini.
Un nada sans mat, mais avec le vent dans les voiles.
Propulsée...

Une liberté sans ancrage ni fin qui ouvre la voix d'un champ musical improvisé.
Un hymne dissonant: nada, nada, nada.

Un sourire plus large que le ciel.

Me voilà.
Devant rien.

2010-05-21

regressar.

J'aurais aimé rester prisonnière de ce laps de temps compris entre maintenant et maintenant.

J'aurais aimé me loger dans cet espace qui s'étend entre mon regard et le tien, et faire naufrage éternellement avec toi, mon corps comme moule parfait du tien.

J'aurais aimé conserver un instant l'infinie réalité éphémère de tes lèvres contre les miennes.

Si la réalité se situe dans la distance entre toi et moi, dans l'intervalle d'une note, d'un mot, d'un silence, ma réalité est immense comme mon désir de recroiser ton regard.

Et de ressentir la passion qui brûle sans même toucher.

Qu'un frisson ruisselant sur ma peau.

2010-05-16

paz.

Valeu a pena? Tudo vale a pena se a alma não é pequena.

- F. Pessoa -

2010-04-20

marche funèbre.

Une flûte de pan s'égosille à mon oreille alors qu'une voix aigüe s'élève, accapare chaque parcelle de mon être silencieux. Un mur du son s'érige autour de mon corps assiégé, et débute la transe intransitive. Saturation des voix, perte de ma voix dans un ensemble de sons indistincts. Le point culminant du son, ce moment où chaque note semble se dissoudre dans l'autre, se fondre en moi, ce point d'extrême plénitude ou de vide absolu me confère enfin une sérénité. Paz. Et le mur de retomber et de s'effondrer au sol comme la forteresse ne nous laisse qu'une archive en forme de débris. Le son d'entrer sous terre et mes pieds de se remettre à marcher. Chaque pas fait dans le silence est un pas de trop. L'angoisse tapie dans les rues de béton se jette à mes mollets et j'accélère ma course. Seule la guitare électrique m'empêche de m'affaler au centre de cette rue trop ensoleillée pour y croupir sous la lourdeur du quotidien. Et la musique, illusoire, permet la légèreté de la vie, ou enfin, ce simulacre de légèreté.

2010-03-16

à côté d'une absence.

Elle est allée au parc. À 23 heures. Comme prévu. Elle lui avait dit de venir la rejoindre. Qu’elle l’attendrait. Qu’elle l’attendrait. Elle savait. Elle savait pourtant précisément qu’il ne viendrait pas. Parce que le hasard n’a jamais été favorable. Enfin si. Au début.

Une fois le mouvement enclenché, il n’y a plus de place pour le hasard chaotique originaire. Les choses doivent prendre un certain ordre, entrer dans le registre du savoir. Et c’est là que tout est perdu. Il ne reste que cette trace lancinante, trace de la trajectoire des êtres entrés en collision puis dispersés dans l’univers. Fragmentés. Et pourquoi pas une réunification future?

Dans la mémoire, dans l’espoir, dans la promesse. Une fois la chose entrée dans le langage, il n’y a plus de moyens de la saisir (le fut-telle déjà ?), enfin nous ne pouvons que graviter autour du rayonnement de son noyau qui se gruge de plus en plus. Pour disparaître? Oui, probablement. L’ignorance ne peut revenir à celui qui sait. Même s’il fait tous les efforts pour oublier. Sa connaissance flagrante est telle qu’elle a tout détruit.

Elle l’a attendu jusqu’à 23hrs30. Et, comme prévu, il n’est jamais venu.

2010-03-04

tu m'as demandé.

Tu m’as demandé de te laisser un mot alors que j’en ai plusieurs, que j’en ai même trop qui circulent librement et de façon chaotique dans mon esprit. Un mot qui ne veut rien dire ou un mot qui sera voué à se perdre dans le réceptacle triste de ton mutisme. Un mot qui restera planté au sol,- car s’il tombe- , tu ne le rattraperas pas, - car s’il tombe- , tu le laisseras mourir lâchement en le regardant, impuissant, - car s’il tombe- , c’est qu’il n’y aura personne à l’arrivée pour le recevoir. Et surtout personne pour le relancer. Je voudrais te laisser plusieurs mots tendres, des mots sincères, des mots passionnés. Mais je dois les conserver, peut-être même les oublier ou les sublimer, car ils ne me seront pas rendus. Et je ne supporte pas de perdre un mot, - ce mot- , espoir.

Tu m’as demandé de te laisser une note, une note comme on en laisse sur la table de la cuisine, une note comme on rappelle un détail important, une note pour préciser la nature d’une pensée, une note de bas de page, une note de musique peut-être? Je commencerais la mélodie par un -si-, un long -si- strident, légèrement distorsionné, bien grave et frappant la cage sonore avec beaucoup d’écho. Je tiendrais la note et la reprendrais en boucle, à répétition, jusqu’à la douce perte de moi dans le son, jusqu’à cette transe bienveillante, jusqu’à saturation de la pensée dans un concentré de -si-. Et -si- jamais, et -si- non, et -si- tôt, et -si- ce n’est que, et -si- seulement, et -si- tu savais. Et si c’était vrai? Toutes les possibilités du doute fusent en une seule note, une seule, la seule que je sache jouer convenablement, le -si-lence.

Tu m’as demandé de te laisser un message, alors je me questionne sur le genre: un message cryptique et codé, un message mis dans une bouteille et jeté à l’eau pour disparaître et être lu trop tard et par la mauvaise personne, un message comme on en laisse sur le répondeur, un message télégraphique ou un message pour se rappeler, se rappeler à l’existence, se rappeler un -nous-. Je me rappelle le vin, le pain, la communion, l’adultère, la folie, l’absence. Je me rappelle nos mots qui résonnent, qui se répondent, dans l’empressement du retour, je me rappelle ta main, ma main, nos mains, réunies. Je me rappelle chacun de mes doigts dans ta bouche, un à un; je me rappelle l’insoutenable tension, nos corps sur le plancher de la cuisine, nos corps sous les draps. Je me rappelle tes yeux, parfois si doux, et ces mots que je tente d’oublier, car ils me font mal, me serrent le cœur, ces mots qui blessent qu’ils soient vrais ou faux, car ils ne changent rien. Tout est immuable, intact, immaculé. Rien ne bouge. Il n’y a qu’une fuite, qu’une lente décomposition de nous devant laquelle je reste impuissante. Qu’une fuite de toi vers l’extérieur, comme si le désastre t’avait rattrapé, happé dans l’après-coup et enlevé à moi.

L’unique message que je voudrais te laisser est celui de m’épargner. J’ai déjà trop souffert.

Épargne moi comme on ment parfois pour éviter de faire souffrir, épargne moi comme on tue sur le champ plutôt que de laisser mourir à petit feu.

Tu m’as demandé de te laisser un mot, une note, un message, mais je sais que je resterai seule avec mes écrits, et que je ferais mieux d'écrire à la troisième personne.

L'attente d'oubli est lasse et infinie.

Tout m’échappe à présent.